10/26/2026
Les crevettiers de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent connaissent leur meilleure saison depuis des années: des taux de capture élevés ainsi qu’une crevette plus grosse et de belle qualité. Pourtant, ils font bien peu d’argent. Atteignant parfois 2,50 $ le litre, le diesel marin efface presque toute la hausse du prix au débarquement âprement négociée cet automne.
«Les prix sont bons, confirme le directeur de l’Office des pêcheurs de crevettes du Québec (OPCQ), Patrice Element. Ce qui fait très mal, c’est le prix du carburant.»
L’an dernier, les crevettiers ont, en moyenne, payé leur carburant de 1,40 $ à 1,45 $ le litre. En début de saison 2026, le prix a grimpé entre 2,02 $ et 2,04 $. Certains capitaines disent l’avoir payé 2,20 $ et même 2,38 $ le litre.
Selon le voyage, un bateau passe de 12 à 16 jours en mer et brûle environ 17 000 litres de carburant par sortie. M. Element évalue que la hausse du diesel ajoute environ 15 cents au coût de chaque livre de crevette pêchée et de 20 à 22 cents quand le litre atteint 2,20 $ ou 2,40 $. «Donc, en obtenant 15 cents de plus la livre en moyenne, ça couvre à peu près seulement l’augmentation du coût du carburant», constate-t-il.
Selon lui, la facture de diesel dépasse souvent les 25 000 $ à 30 000 $ par voyage. «Il y a un gars qui disait qu’il dépense de 16 000 à 17 000 litres de carburant par voyage. À 2,20 $ le litre, ça lui a coûté près de 40 000 $ par voyage!»
Le capitaine-propriétaire du Nordica Champion de Grande-Vallée a fait ses calculs. «Le prix moyen de la crevette qu’on reçoit, qui est de 1,95 $ la livre, est moins élevé que le prix exorbitant du carburant, qui peut varier de 2,30 $ à 2,50 $, se désole Vincent Dupuis. À mon dernier voyage, j’ai rempli le réservoir à 2,39 $ le litre et j’en ai mis 18 000 litres. Quand j’ai pêché près de Terre-Neuve, j’ai eu des factures de carburant de 45 000 $ à 50 000 $. C’est fou raide!»
«On a fait une belle saison à ce jour, mais le gros des revenus disparaît pour payer le carburant. Ajoutez à cela le coût des permis, des assurances, des salaires de l’équipage, il ne reste plus grand-chose au bout du compte!»
— Vincent Dupuis
Le pêcheur a aussi dû payer plus de 15 000 $ de réparations depuis le début de la saison.
À Sept-Îles, le capitaine du Mérou a terminé sa saison à la fin septembre. Martin Element a payé son carburant jusqu’à 2,51 $ le litre. «Seul le carburant me coûtait, en moyenne, plus de 21 000 $ par sortie en mer. Ça n’a pas d’allure! Il faut éviter les malchances durant la pêche. Sinon, c’est la misère!»
Ses six voyages de quatre à cinq jours lui ont permis de pêcher 270 000 livres de crevettes. De ce total, 190 000 livres venaient de quotas loués. «Ça peut paraître bon à première vue comme résultat, mais avec le prix du carburant, en plus du prix assez élevé de la location de quotas de crevettes, du bateau et de quelques paies, il ne reste plus grand-chose quand on additionne tous les frais fixes au départ pour cette pêcherie.»