12/08/2025
Les pêcheurs de crevettes nordiques connaissent des difficultés.
Radio-Canada
Publié le 6 décembre
Après une saison difficile et un quota à un creux historique en 2024, les jours demeurent sombres pour les pêcheurs de crevettes de la région atlantique.
C'est comme l'année passée. C'est un peu frustrant parce que les quotas sont vraiment minimes et la crevette est au rendez-vous, a déclaré en entrevue vendredi Hector Chiasson, un pêcheur de Lamèque.
Cet homme qui pêche la crevette depuis bientôt 50 ans ne s’explique pas que le ministère fédéral des Pêches et des Océans (MPO) insiste pour limiter autant les captures.
Ottawa a sabré dans le quota – aussi appelé contingent – et l’a diminué à un creux historique de 3000 tonnes en 2024. Pour 2025, ce taux est remonté très légèrement, à 3800 tonnes.
Hector Chiasson dit ne pas avoir eu de mal à trouver des prises et à remplir son quota rapidement cette année.
Notre saison de pêche a été très courte cette année. Elle a été encore plus courte que l'année passée, parce qu'on a pris plus de crevettes cette année que l'an passé par journée de pêche, explique-t-il.
Des pêcheurs de l'Atlantique et du Québec en colère contre Ottawa
Je ne comprends pas que le ministère n'augmente pas les contingents dans le golfe, poursuit-il. On a vu de la crevette un peu partout à des quantités extrêmement importantes.
C'est seulement que certaines personnes dans les bureaux à Québec ont décidé que, dans le golfe du Saint-Laurent, la crevette avait disparu. Mais ça n'a jamais été le cas. Elle n’a jamais été en danger, affirme-t-il.
À cause de cela, il n’y a plus beaucoup de pêcheurs de crevettes en Atlantique.
Il reste quelques pêcheurs au Nouveau-Brunswick qui pêchent [la crevette] et quelques pêcheurs à Terre-Neuve. La flottille a été décimée par ces décisions loufoques.
C'est extrêmement difficile financièrement de rentabiliser les opérations de pêche quand il y a 80 % de ton volume qui n'est pas là, soupire Hector Chiasson en parlant des baisses majeures de quotas ordonnées ces dernières années par cette agence fédérale.
Des choix difficiles à comprendre
Pêches et Océans Canada utilise depuis 1993 quatre unités d’évaluation des stocks des zones de crevettes nordiques : Estuaire, Sept-Îles, Anticosti et Esquiman.
Même avec un quota légèrement plus élevé que l'an passé, Hector Chiasson a dit qu'il a fini de pêcher encore plus vite cette année tant la crevette abondait.
Selon le MPO, le stock Estuaire est en bonne santé, mais les trois autres sont dans la zone critique.
En 2024, on a eu [un quota de] 1700 tonnes de crevettes dans la zone Esquiman, qui est le long de la côte de Terre-Neuve, explique Hector Chiasson. On a pris le contingent avec aucune misère. Ç’a bien été.
Seulement, le ministère, cette année, a coupé le contingent de 600 tonnes parce que, lui, il trouvait que les quantités étaient minimales. On ne comprend pas ça, s’exaspère ce pêcheur néo-brunswickois. On a mentionné de ne pas couper le contingent. Ils l'ont coupé pareil.
« En déclin »
La crevette nordique est en déclin, maintient Hugo Bourdages, un biologiste en évaluation de stocks à l'Institut Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli, au Québec.
La situation des stocks de crevettes est toujours préoccupante, a-t-il dit en entrevue vendredi. Oui, on semble voir une amélioration, mais nous sommes loin des conditions que l’on observait il y a 20 ans, prévient-il.
Les stocks sont encore à de faibles niveaux et les conditions demeurent défavorables à court et moyen terme.
Une citation deHugo Bourdages, biologiste en évaluation de stocks
La température plus élevée de l’eau, la diminution de l’oxygène et le plus grand nombre de sébastes sont les conditions qui ont mené à un déclin de la crevette nordique, dit Hugo Bourdages.
Présentement, ce qu’on observe, c’est que ces conditions qui ont contribué au déclin, il semble y avoir une légère amélioration, avance-t-il.
En entrevue, Hector Chiasson s’emporte contre la bureaucratie, qu’il trouve déconnectée de la réalité. Il dit que les pêcheurs ne sont pas écoutés par le MPO. Il n’entretient pas beaucoup d’espoir de voir un revirement de situation.
Je ne sais pas comment on va faire pour rétablir les choses avec les mêmes personnes qui sont dans les bureaux. Le problème n’est pas sur l'eau : le problème est dans les bureaux, à Pêches et Océans.
Une citation deHector Chiasson, pêcheur de crevettes
En outre, la crevette n'est plus transformée au Nouveau-Brunswick depuis l’an dernier.
Jean Lanteigne, le directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP), continue d’espérer que cette situation change.
Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels.
Ouvrir en mode plein écran
Jean Lanteigne lors d'une manifestation de pêcheurs de crevettes et de pêcheurs côtiers du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve et du Québec le 20 février 2024 à Grande-Rivière, en Gaspésie.
On a mieux fait que l’on pensait. Les stocks sont bons et la crevette est de très belle qualité, a-t-il déclaré en entrevue samedi lorsqu’on l'a interrogé sur l’allure de la dernière saison de pêche.
Il y a eu quelques débarquements qui sont allés à Terre-Neuve, a-t-il dit. On espère justement qu’on aura un retour d’un producteur au Nouveau-Brunswick qui reprendra cette production, parce que quand nos bateaux débarquent, leur contingent part ailleurs que le Nouveau-Brunswick et les retombées économiques n’y sont pas.
On devrait bientôt connaître le volume de captures que les crevettiers seront autorisés à prendre en 2026.
La prochaine évaluation des stocks de crevettes et la rencontre du comité consultatif impliquant l’industrie et des représentants des Premières Nations auront lieu en janvier, a indiqué un porte-parole de Pêches et Océans Canada dans un courriel à Radio-Canada Acadie mardi dernier.
Les quotas seront établis par la suite en appliquant les règles de contrôle des prises prévues dans le plan de rétablissement, écrit-on.
D’après les renseignements de Félix Arseneault et le reportage d’Allie Chouinard