20/12/2021
On répond à vos questions (et on en remet une couche :D )
Chose promise, chose due ! Nous l'avions annoncé dans notre précédent post, nous allons prendre le temps de répondre à toutes les questions que nous avez posées suite au notre post d'il y'a 2 semaines. Et il en y'en a beaucoup : des pertinentes, auxquelles on se fera un plaisir d'apporter des précisions. D'autres plus hors sujet, et certaines mêmes insultantes, mais nous y répondrons quand même :)
On procédera sous la forme de questions-réponses. Attention, pavé à lire en approche. Mais on vous promet que ca va vous intéresser
Vous êtes prêts ? C'est parti !
Alors, il n'y plus de bois en France ?
Ce n'est pas tout à fait le cas. Nous n'avons jamais évoqué un manque de ressources, mais plutôt la difficulté d'en obtenir. Pour être précis, la forêt Française est même plus "grande" qu'il y'a 30 ans : la surface boisée a globalement augmentée, de même que la densité (le volume de bois sur un hectare). Donc techniquement, du bois il y'en a ! Le problème est qu'il ne reste plus en France, et part à l'étranger et/ou est broyé
Quel est le problème avec les résineux ?
Là aussi, il ne devrait y en avoir aucun normalement: les résineux peuvent être d'excellents arbres, certains pays les gèrent de main de maitre depuis des siècles (coucou la Suède) et en ont fait une économie stable depuis des siècles (jusqu'à aujourd'hui ). C'est plus gênant quand il vient prendre la place de certains feuillus. A l'inverse de ces derniers, les résineux poussent très vite, sèchent plus rapidement et sont plus facilement exploitables, etc.. Bref, parfait pour une rentabilité rapide. C'est justement le choix fait par la France après la 2nde guerre mondiale, qui a donné naissance à des massifs, comme le Morvan (notamment financé par le FNF, Fond National Forestier, dont on parlait dans le précédent post). Problème, ils sont utilisés généralement en monocultures, dans des sols qui étaient plutôt habitués à des feuillus. Et l'usage, voir l'abus, de cette monoculture peut avoir des conséquences dramatiques : acidification des sols, limitation de la biodiversité, ce qui permet à certains parasites de proliférer. Comme par exemple le Scolyte, qui
ravage des millions de mètres cubes d'épicéa
Faut-il s'inquiéter pour nos forêts ?
Oui et non. A court terme, nous verrons toujours nos belles forêts. Mais c'est plutôt à moyen terme qu'il faut s'inquiéter : l'abus des monocultures de résineux appauvrit les sols, et prend la place des feuillus. Or, une forêt est une merveille de microcosmes et d'équilibre, les arbres se faisant la compétition entre eux. Mettez des chênes et des hêtres dans des mêmes parcelles, chacune des espèces va aider ses congénères afin de prendre le dessus. Cette saine émulation crée des arbres forts et de belles dimensions, favorise leur reproduction, tout en permettant de chasser les parasites. Si vous rajoutez à cela, le rythme effréné des abattages depuis ces derniers mois, notamment pour alimenter l'exportation, il en résulte que la forêt Française souffre. Il ne s'est jamais abattu autant de chênes que ces dernières années. Ils sont certes replantés, mais un chêne met près de 150 ans pour parvenir à maturité.
Quel sera le visage de la forêt Française dans 20 ans ? Bien malin celui qui le saura, mais il est temps de se pencher sur le sujet, et d'arrêter de réfléchir à court terme.
N'est-ce pas finalement la loi du marché ?
Absolument ! Et c'est bien ce qu'on lui reproche :) Il est tout à fait normal que chacun cherche à privilégier ses propres avantages. Néanmoins, le "toujours plus" trouve ses limites, et ce dans tous les domaines : toujours plus de revenus, toujours moins de dépenses.
Un marché peut devenir totalement fou et incontrôlable. Les résultats sont catastrophiques. Petit exemple historique : en 1637, le prix des tulipes a quadruplé en 6 mois, créant une bulle qui a explosé, et a créé l'une des premières crises économiques mondiales.
On ne crie pas au loup, mais quand on se retrouve, comme en Moselle, à passer du bois de chauffage fraichement coupé en séchoir, on peut se dire qu'on marche sur la tête. Il y'a eu tellement de ventes de bois qu'on se "retrouve fort dépourvu une fois l'hiver venu" (Big Up La Fontaine).
Quand une matière première, quitte le pays, pour se faire transformer à des dizaines de milliers de kms, pour refaire la même distance au retour, et revenir à son point de départ, il nous semble que la loi du marché est bien incohérente. Surtout à l'heure des COP, et des discours sur la souveraineté (on y reviendra ;) )
Bien fait pour vous, après tout, vous importez vous même du bois !
Voilà un commentaire particulièrement bienveillant, que l'on lu à de multiples reprises. D'où une petite explication : oui, nous avons importé du sapin rouge du nord, de Suède. Tout en proposant aussi du bois local. N'oublions pas que plus de 80 % de ce que l'on vend provient des arbres de nos régions. Nous avons choisi cette essence, parce qu'elle répond à un besoin spécifique, auquel nous ne trouvons pas d'alternatives locales. Le sapin rouge du nord n'a pas besoin d'être traité pour être utilisé en charpente. Ce qui nous évite de prendre des sapins type autoclaves, qui en plus d'avoir une durée de vie 2 à 3 fois plus faibles, sont bourrés de produits toxiques et nocifs pour la santé. Tout sauf de l'autoclave !🤮
Si un équivalent poussait à côté de chez nous, croyez bien que nous n'irions pas si loin pour le chercher. Le sujet est tatillon, on pourra rétorquer que le douglas peut faire l'affaire également, mais c'est un bois très nerveux, moins stable. Et on rappelle que nous en proposions tout de même. Donc l'accusation de "l'arroseur arrosé" est peu pertinente, d'autant plus que nous ne amusons pas à
réexpédier les bois que l'on fait venir.
Qu'est ce qui explique une telle agressivité de la part des acheteurs ?
Une très bonne question, qui met en lumière de grosses faiblesses chez nous. Les acheteurs chinois sont présents depuis une vingtaine d'années, et sont montés progressivement en pression pour rafler un maximum de lots. L'arrivée sur le marché des acheteurs américains a mis le feu aux poudres, les 2 jouant à "qui a le plus d'argent à mettre sur la table". L'idée d'un prix réglementé est illusoire, car ces acheteurs veulent notre matière première, quoi qu'il en coute. L'histoire récente nous l'a montré : à chaque hausse significative, les acheteurs étrangers se sont alignés et ont même augmenté leur prix. Ce qui fait que le chêne, notamment, prendra 15 à 20 % en 2022. A croire qu'ils veulent nos bois, à tout prix ! Le problème est qu'ils ne trouvent aucune résistance en face. Alors pourquoi se priver ...?
A qui la faute ?
On conclura sur cette question : qui pointer du doigt ? Les vendeurs privés de parcelles ? Ils rétorqueront qu'ils ne font que vendre au plus offrant. Les transformateurs ? On les
accusera d'être trop gourmands sur les coûts de sciage. Les importateurs ? Personne ne leur dit rien ... On arrive au problème de la filière bois en France, beaucoup sont de petites structures,
isolées, dans un schéma proche du système agricole, telle la petite ferme qui se bat seule dans son coin. Certes, des mastodontes existent, mais ils ne reflètent pas une filière qui souffre énormément depuis 20-30 ans
Et si finalement, tout le monde n'était pas un peu responsable ? Y compris le consommateur ? Quand vous verrez du chêne en grande surface de distribution (les mêmes qui dépensent des millions en publicité), interrogez vous sur la provenance mais aussi sur le lieu de transformation de ces bois. Une étiquette "Chêne d'ORIGINE française" est l'illustration même du mal qui nous ronge: vraisemblablement ce chêne aura été scié à l'étranger
Terminons avec une autre dose d'Histoire : au début de la Renaissance, certains monarques français, comme Francois 1er (sacré en 1515) et ses prédécesseurs ont décidé de planter des forêts de Chênes. Non pas pour servir leur règne, mais plutôt par soucis de profiter à leurs arrières petits enfants. Coïncidence ou pas, près de 150 ans plus t**d, la France disposera d'une quantité monstrueuse de chênes, qui serviront à construire cathédrales, bateaux, etc, qui feront du pays une nation phare dans le monde, et dont profitera notamment Louis XIV. Actuellement, on fait l'inverse : on a besoin d'argent, on vend au plus vite. Ca en dit long sur les capacités de nos gestionnaires 🤫
Alors on peut dire que c'est la faute d'un tel, que c'est la loi du marché, que telles nations nous pillent. Dans un sens, ces affirmations sont une réalité. Mais nous pouvons aussi
déplorer le manque de vision d'un "intérêt collectif" de la part de nos dirigeants. Peu importe la couleur politique, peu ont saisi l'importance cruciale que jouent nos forêts dans la recherche de Souveraineté, qui était l'un des objectifs prioritaires suite à la crise du Covid. Les paroles passent, et les actes ne suivent pas ... :(
A défaut de scier du bois, on pourrait se relancer dans la rédaction d'articles de ce genre. Si cela vous intéresse, dites le en commentaires :)